Enfants travailleurs exploités, enfants de la rue abandonnés... 640 millions d'enfants vivent sans abri convenable, sans accès à des installations sanitaires ou à l'eau potable. 270 millions d'enfants sont privés de soins. 140 millions ne sont pas scolarisés dont 60 % de filles. Voilà quelques chiffres de l'effrayant bilan réalisé par l'Unicef, le Fonds des Nations unies pour l'enfance. Au total, la moitié des enfants du monde (1 milliard sur 2 milliards) vit dans la misère !

Nous n'en serions pas là si l'on avait mis en pratique, comme il l'aurait fallu, la convention des Droits de l'enfant signée voici quinze ans. Nous n'en serions pas là si, comme s'y est engagée la moitié des États du monde, on s'efforçait d'atteindre les objectifs du Sommet du Millénaire pour 2015, objectifs que ne cesse de rappeler Michel Camdessus et particulièrement l'éducation primaire universelle, la réduction des deux tiers de la mortalité infantile.

Selon l'Unicef, la nourriture, le logement, le sanitaire, l'eau potable, l'éducation scolaire, l'information, les services de santé sont les sept privations fondamentales dont souffrent les enfants. Elles peuvent être combattues beaucoup plus efficacement si l'on utilise mieux les ressources dont on dispose et si la volonté politique est réelle, estime Carole Bellamy, directrice générale de la grande organisation (1). Il importe donc que les citoyens des pays développés incitent constamment leur gouvernement à agir, conformément aux engagements pris dans un esprit d'élémentaire humanité.

Travailler ensemble

Heureusement, mais cela ne suffit pas, de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales) oeuvrent dans ce sens, à travers le monde. Comme le disaient Gabriel Cohn-Bendit et Mamadou N'Doye, Président de l'Adea (Association pour le développement de l'éducation en Afrique), jeudi, à Rennes, au siège de notre journal, il convient de regrouper tous ceux qui veulent agir et travailler ensemble pour faire ce qui est possible, même dans d'humbles réalisations. C'est à cela que s'attache le Réseau d'éducation pour tous en Afrique, le Repta, rassembleur de personnes, d'institutions, d'entreprises et d'organisations très diverses qui laissent de côté leurs divergences politiques, sociales, religieuses pour agir en commun. Alors, peuvent naître des idées, des projets, des expériences parfois inédites. Par exemple, on sait que ce qui est coûteux dans l'enseignement, ce n'est pas tant l'école que l'enseignant. Beaucoup de pays pauvres ne peuvent les rétribuer suffisamment. Découragés, ces professeurs, ces instituteurs s'en vont. Pourquoi ne pas les aider à se fixer en leur fournissant un logement de fonction correct, doté d'un minimum de confort, notamment d'électricité grâce à l'énergie solaire ? Pourquoi ne pas leur confier, en plus, une moto pour aller faire la classe dans les villages trop écartés dont les enfants ne peuvent venir à l'école ?

Il faut avoir le courage du changement, ne pas avoir peur de l'innovation, disait Gabriel Cohn-Bendit. Ainsi, grâce aux dévouements intelligents, imaginatifs, les grandes politiques d'aide que doivent mettre en oeuvre les États pourront mieux atteindre leur objectif, celui que la chanson appelait autrefois : les gentils enfants du monde entier.

(1) Le Monde, 10 décembre 2004.