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Article Ouest France 20 novembre 2007
Assis en arc de cercle, ils suivent attentivement le cours dispensé en plein air par Lompo, leur institutrice. : Ouest-France
Des enfants scolarisés dans leur langue maternelle - aoussa, gourmantché ou peul - avant d'être initiés à des métiers manuels. La méthode de Gaby Cohn-Bendit fait ses preuves au Niger.
MOLI (de notre envoyé spécial au Niger). - L'arbre contre lequel est calé un tableau scolaire géant s'appelle le neem. Ses feuilles ont la propriété de faire fuir les insectes. Mais pas les écoliers de Moli, un village de cases au sud de Niamey, à l'entrée d'un parc national où lions, crocodiles et hippopotames se la coulent douce sous l'oeil de gardes écolos.Ce matin, comme chaque jour, Lompo Bebidi, l'institutrice, fait donc ses cours en plein air. Devant elle, en arc de cercle, trente garçons et filles de 10, 12 ans et plus, assis en tailleur sur une herbe sèche, regards braqués sur le tableau maquillé de mots français : bonjour, papa, mari. Rien à voir avec le vocabulaire gourmantchema, la langue vernaculaire de ces mômes, dont les parents sont presque tous analphabètes.L'école de brousse de Moli est une « école de la deuxième chance » (1). Une idée sortie de la tête de l'inusable défricheur de pistes pédagogiques qu'est Gabriel Cohn-Bendit, afin d'essayer de récupérer les exclus d'un système scolaire en faillite au Niger. « 20 % de taux d'alphabétisation, c'est une catastrophe ! », déplore Gaby, traité comme un grand chef coutumier sur la place du village.« Avant, ils ne comprenaient pas »Deuxième chance donc, puisque la première n'a pas porté ses fruits. « La faute au système qui impose un enseignement en français, alors qu'il existe ici une dizaine d'ethnies et autant de dialectes. Dans bien des écoles, des tas d'enfants demeurent passifs. Ils ne comprennent pas un mot de l'instit. » Avec cette nouvelle formule qui valorise la langue maternelle, on peut donc dispenser des cours en aoussa, en peul ou en tout autre dialecte. Et puis, la concertation avec les parents a payé. « Besoin de vos enfants pour des travaux dans les champs, le matin ? Très bien, les a-t-on rassurés, on assurera les cours l'après-midi. » Manière de dynamiter l'absentéisme, minant pour le travail des instits dans le système officiel.Le gouvernement de Niamey, qui appelle de ses voeux les aides des organisations non gouvernementales - très présentes, mais parfois contestées dans ce pays pauvrissime - soutient cette école innovante. Fondateur du Groupement des retraités éducateurs sans frontières (Gref) en 1996, Gaby Cohn-Bendit a ensuite créé le Repta avec le concours de quelques entreprises (2). Et c'est ce Réseau d'éducation pour tous en Afrique qui, au-delà de l'alphabétisation, initie des formations professionnalisantes, comme on dirait pompeusement en France. Ici, il s'agit d'apprendre des métiers manuels utiles à la communauté : élevage, agriculture, entretien des moteurs de pirogue prochainement... Corporatisme stérilisant« L'idéal serait que la formule se généralise », commente le père du lycée expérimental de Saint-Nazaire. Mais il demeure réaliste. « On a aussi exporté ici notre corporatisme stérilisant. Le corps enseignant nigérien s'oppose au passage à la langue maternelle pour scolariser les jeunes, car cette innovation bloquerait, redoute-t-il, les mutations des instituteurs. Comme le ministre de l'Éducation ne veut pas aller au conflit, l'évolution risque de prendre du temps. » En attendant, les sept écoles de la deuxième chance du Repta vivent leur vie. Et bien. « Les enfants participent. Ils ne s'ennuient plus en cours », se réjouit Lompo Bebidi, l'institutrice. « On a trouvé une alternative à un système qui ne répondait pas aux attentes », confirme le conseiller pédagogique Mamane Oumarou.Même Abdul, le chef de Moli ne cache pas sa joie. Sans doute parce que, ne sachant ni lire ni écrire, il aurait bien apprécié le « système Gaby », quand il était môme, aux dernières heures de la colonisation.Alain GUELLEC.(1) Il y en a sept en tout au Niger, financées par les Régions.(2) Vincent Bolloré, Ouest-France, Comptoir français d'Afrique de l'Ouest.
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